EN EXCLUSIVITÉ ! L'INTERVIEW DE GILBERT MONTAGNÉ « Le seul grand handicap en France, c’est le manque de confiance », Gilbert Montagné, nouveau secrétaire national chargé du handicap à l’UMP

EN EXCLUSIVITÉ ! L'INTERVIEW DE GILBERT MONTAGNÉ « Le seul grand handicap en France, c’est le manque de confiance », Gilbert Montagné, nouveau secrétaire national chargé du handicap à l’UMP
publié le 09/04/2009
Il ne prend pas sa nouvelle mission à la légère ! Nommé secrétaire national chargé du handicap à l'UMP début mars, Gilbert Montagné est bien décidé à faire bouger les choses. Les projets ne manquent pas au « rêveur » de 57 ans, qui pense que chaque pas en avant profitera à la société tout entière.

Il ne prend pas sa nouvelle mission à la légère ! Nommé secrétaire national chargé du handicap à l'UMP début mars, Gilbert Montagné est bien décidé à faire bouger les choses. Les projets ne manquent pas au « rêveur » de 57 ans, qui pense que chaque pas en avant profitera à la société tout entière.

 
Comment avez-vous appris la nouvelle de votre nomination ?
Je l’ai apprise par Xavier Bertrand, auquel j’avais remis un rapport sur le handicap visuel en 2007, alors qu’il était ministre du Travail et de la Solidarité. Cela a été une réelle surprise, car je ne m’y attendais pas du tout. J’ai tout de même demandé un temps de réflexion, histoire de mesurer les responsabilités qui m’attendaient, puis j’ai accepté. Avec l’envie de mener à bien un tas de projets !
On a pu entendre, ici et là, quelques critiques pas toujours aimables...
J’ai été assez surpris de la folie médiatique que la nouvelle a générée. Cela m’est égal si tous les propos tenus ou écrits ne sont pas « aimables », au contraire, c’est très bien qu’on en parle ! Et s’il y a bien un sujet qui en France qui doit recueillir le consensus, c’est celui du handicap. Certes, c’est au sein de l’UMP que je vais agir, mais au final, cela importe-t-il vraiment ? Ce qui compte, ce sont les actions qui seront menées.
Je ne prétends pas, bien sûr, tout changer d’un coup de baguette magique, mais j’apprends vite, je sais écouter, et je me dois de réussir cette mission.
 
Quelles sont vos priorités ?
La première proposition que j’ai faite est l’ouverture de la CMU (Couverture Maladie Universelle) aux titulaires de l’AAH. Ce serait selon moi un premier pas important, et un gage de confiance que j’ai envie de recevoir de la part du gouvernement. L’AAH (Allocation Adulte Handicapé) doit par ailleurs être revalorisée : 650 euros par mois, c’est vraiment trop peu pour vivre.
Bien évidemment, il y a tant d’autres terrains sur lesquels il faut faire bouger les choses... le travail et la formation sont aussi des priorités de premier plan. Car il ne faut pas se voiler la face : je reçois beaucoup de mails de la part de personnes qui sont victimes de discrimination à l’embauche, ou au maintien dans l’emploi. Au-delà de ça, beaucoup d’employeurs sont bien intentionnés, mais très ignorants en matière de handicap. Nombre d’entre eux, aujourd’hui encore, le perçoivent comme une contrainte.
 
Comment peut-on changer cet état de fait ?
En changeant l’état d’esprit ! Par le biais de la formation d’abord. Les recruteurs, par exemple, doivent être mieux formés pour apprendre à jauger les compétences et les qualités des candidats avant tout. Bref, considérer la personne avant le handicap. Il y a des barrières psychologiques qui doivent tomber, il faut innover. Regardez au Québec par exemple, il y a des agents d’immigration en fauteuil roulant. Pourquoi en France existe-t-il cette sorte de plafond de verre qui fait qu’on n’imagine pas qu’un handicapé puisse remplir telle ou telle fonction ? Cela continue de m’étonner.
Et puis, il y a d’autres formes de discrimination qui ne disent pas leur nom. Pourquoi l’adaptation d’un poste de travail doit-elle prendre autant de temps, quand elle n’est pas carrément impossible ? Bien sûr, nous avons vécu si longtemps, et créé tant de choses sans penser aux personnes handicapées, qu’il faut à présent beaucoup de travail pour tout reprendre. Et parfois ces changements ont un coût élevé. On paye en quelque sorte notre absence d’anticipation.
Il ne faut plus reproduire ces erreurs, et intégrer les personnes handicapées, en amont, dans tous les projets de société actuels et à venir. Pour vous donner un exemple, je travaille actuellement avec l’Afnor sur un projet de création d’une norme permettant de favoriser l’accessibilité de nombreux appareils d’usage courant. L’objectif est d’équiper les frigidaires, micro-ondes, etc., d’une signalisation vocale. Et la bonne nouvelle, c’est que c’est utile pour tous ! Qu’on se remémore l’invention de la télécommande : c’est un ingénieur qui l’a mise au point pour un ami revenu mutilé du Vietnam, et incapable d’allumer sa télévision. Une invention qui facilite la vie de tout le monde aujourd’hui !
En 2015, tout devra être accessible en France. Mais toutes les écoles d’architecture proposent-elles des modules concernant l’accessibilité ? Les auxiliaires de vie sont-ils suffisamment nombreux et formés ? Où en est-on dans les écoles et les universités ?
 
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a du pain sur la planche !
Oui, il y a tant de choses à construire dans tous les domaines. Le seul vrai grand handicap en France vous savez, c’est le manque de confiance généralisé. On manque de croyance dans les possibles, d’ailleurs on est connus pour ça dans le monde entier ! Ce n’est pas de la pitié qu’attendent les personnes handicapées, c’est de la considération. Surtout quand pendant si longtemps, on vous a donné l’impression de ne pas être « au programme ». À présent, les personnes handicapées doivent se sentir désirées.
 
Vous-même, lorsque vous avez commencé à travailler, à quels obstacles vous êtes-vous heurté ?
Moi, je suis aveugle de naissance, et je n’ai jamais considéré que c’était un handicap vis-à-vis de mes ambitions. Je ne me suis jamais dit « je n’y arriverai pas parce que je suis aveugle ». Après, bien sûr, dans la vie de tous les jours, je ressentais la réaction des gens... la gêne, le malaise... mais je me suis toujours senti bien dans ma peau.
Deux professions m’intéressaient : avocat et musicien. Vous connaissez la suite. Mais pour la petite histoire, j’ai dû me montrer persévérant les premières fois où je me suis présenté dans des maisons de disque. Personne ne me parlait. Évidemment, on me proposait toujours de m’asseoir, touchante attention, mais on ne me demandait pas ce que je venais faire ici. Je suppose que les gens avaient peur que je leur demande cent francs (rires). Je passais toute la journée, là, assis, et puis je revenais le lendemain. Je voulais la passer, cette audition, je me suis accroché ! C’est ainsi que tous les gens doivent penser : à leurs atouts et à leurs forces, à rien d’autre.
On m’a toujours pris pour un rêveur. Je rêve, et je prétends que beaucoup de choses sont possibles. Je prétends aussi qu’elles profiteront à l’ensemble de la société. La mission qu’on m’a confiée est une mission d’intérêt général et je compte bien susciter des décisions qui feront date.
 
Propos recueillis par Priscilla Franken



Gilbert Montagné prépare actuellement un nouvel album, qui devrait sortir en septembre... Impossible d’en savoir plus pour l’instant, si ce n’est que ses textes seront très imprégnés de ce qu’il a vécu ces dernières années.

 

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