Interview Exclusive de Patrick Gohet, Délégué Interministériel aux personnes handicapées « La société doit acquérir le réflexe handicap »,

Interview Exclusive de Patrick Gohet, Délégué Interministériel aux personnes handicapées « La société doit acquérir le réflexe handicap »,
publié le 06/01/2009
En tant que délégué interministériel aux personnes handicapées, Patrick Gohet a pour rôle de contribuer à la coordination de la réflexion et de l’action des différents ministères, sur les thèmes liés au handicap. Il aborde notamment les questions de la compensation, des technologies et de l’emploi.

Quel bilan dressez-vous de la loi du 11 février 2005 ?
Les choses ont beaucoup progressé depuis. C’est un dispositif ample, une nouvelle manière de considérer le handicap. Cela pourrait peut-être aller plus vite et il y a des inégalités selon les départements, mais le bilan est plutôt positif pour l’instant.
 
Certaines entreprises ne respectent pas le quota de 6 % de salariés handicapés, à quoi attribuez-vous cet état de fait ?
Il peut y avoir plusieurs explications : la mauvaise volonté, des postes difficiles à adapter, des difficultés à trouver des candidats handicapés en raison d’un manque de visibilité et d’une qualification insuffisante… Mais la plupart des entreprises se sont dotées de « missions handicap », elles se sont donc bien approprié la question et font des efforts.
 
Des actions sont-elles menées pour lutter contre le retard des employeurs publics en ce qui concerne le recrutement des personnes handicapées ?
Des conventions ont été signées avec les villes, les départements, les régions et les ministères. Des correspondants emploi sont en poste dans différents ministères, et le FIPHFP*, qui collecte des fonds afin d’aider à l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique, a été créé. Nous sommes à la croisée des chemins : beaucoup de choses ont été faites, et beaucoup restent encore à faire.
Pensez-vous qu’il faille durcir les pénalités ?
Pour moi, il ne faut utiliser les pénalités que comme recours ultime. Ce qui doit être changé, c’est le regard qu’on porte sur le handicap. Le problème, c’est qu’on continue à voir les incapacités et qu’on n’évalue pas les capacités. Il y a un effort de compréhension à fournir. La loi du 11 février a été conçue pour concourir à ce changement dans les mentalités.
 
Comment faire pour accélérer le processus ?
La société doit acquérir le réflexe handicap. C’est une réalité difficile et douloureuse pour ceux qui en souffrent, mais c’est également un atout grâce auquel d’innombrables progrès ont été accomplis, en médecine, en technologie, dans le social… Chaque fois qu’on transforme quelque chose pour répondre aux besoins des personnes handicapées, c’est du mieux-être pour tout le monde. Il y a une certaine forme d’investissement social dans la politique du handicap.
 
Quels sont les projets du gouvernement pour améliorer l’accès à l’emploi des personnes handicapées ?
Une étude sur l’employabilité est en chantier afin de dresser un état des lieux et de réfléchir aux améliorations possibles. L’idée, c’est de faire en sorte que le système d’accès à l’emploi soit incitatif. Il faut expliquer aux entreprises qu’elles ont intérêt à recruter des salariés handicapés, qu’ils peuvent apporter une compétence, que leur présence crée une stabilité et un dynamisme dans une équipe. Nous investissons aussi énormément dans les nouvelles technologies. Elles peuvent s’avérer un facteur d’exclusion sociale, mais plus on les rend accessibles, plus elles deviendront un facteur d’intégration.
 
Propos recueillis par Séverine Dégallaix
 
* Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique
 

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